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Peut-on vivre des violences sexuelles sans s’en souvenir ?

Ce que le corps peut révéler quand la mémoire se protège

Certaines personnes ressentent un mal-être profond, des réactions physiques incompréhensibles, des émotions intenses… sans pouvoir mettre de mots sur leur histoire.

Et une question revient souvent :

Peut-on avoir vécu des violences sexuelles sans s’en souvenir ?

La réponse est oui.

Le cerveau humain possède des mécanismes de protection extrêmement puissants. Lorsqu’une violence est trop douloureuse, trop brutale ou vécue trop jeune, la mémoire peut parfois “disjoncter”.

Le cerveau fonctionne un peu comme le disjoncteur de votre maison : lorsqu’il y a une surcharge ou un danger, le compteur saute pour protéger le système.
C’est la même chose avec le cerveau et la mémoire.

Cela permet parfois de couper l’accès aux souvenirs pour permettre à la personne de continuer à vivre malgré le traumatisme.

Mais même lorsque les souvenirs ne sont plus accessibles consciemment, le corps, lui, peut continuer à porter les traces du traumatisme.

Le corps n’a pas oublié qu’il y a eu une “coupure”.
C’est un peu comme un film qui continuait à passer à la télévision au moment où le compteur a sauté : l’histoire a continué, même si une partie de l’enregistrement semble inaccessible.

Pourquoi peut-on oublier un traumatisme sexuel ?

Lorsqu’une personne vit une violence sexuelle, surtout dans l’enfance ou dans un contexte d’emprise, le système nerveux peut entrer en état de survie.

Le cerveau ne traite alors plus l’événement comme un souvenir classique.

Il peut :

  • fragmenter la mémoire,
  • créer des “trous” de mémoire,
  • se déconnecter de certaines sensations ou émotions (c’est ce qu’on appelle la dissociation : une forme de protection où la personne peut avoir l’impression d’être coupée d’elle-même, de son corps ou de ce qu’elle ressent),
  • ou encore enfouir complètement le souvenir pendant des années.

Ce mécanisme est appelé amnésie traumatique.

Il ne s’agit ni d’un mensonge, ni d’une invention.
C’est une réponse de protection du cerveau face à un événement vécu comme insupportable.

Certaines personnes retrouvent des souvenirs plus tard dans leur vie, parfois à travers :

  • une thérapie,
  • un événement déclencheur (par exemple entendre une phrase, sentir une odeur, revoir un lieu ou vivre une situation qui réactive quelque chose inconsciemment),
  • une sensation corporelle (comme une crise d’angoisse soudaine, une sensation de panique dans l’intimité, des douleurs inexpliquées ou un profond malaise sans raison apparente),
  • une grossesse,
  • une relation intime,
  • ou encore un burnout émotionnel.

D’autres ne retrouveront jamais de souvenirs précis, et cela n’invalide en rien leur souffrance.

Quand le corps parle à la place des souvenirs

Même lorsque la mémoire consciente ne se souvient pas, le corps peut continuer à réagir.

Les violences sexuelles peuvent laisser des traces profondes dans le système nerveux, les émotions et le rapport à soi.

Parmi les conséquences possibles :

  • anxiété chronique,
  • hypervigilance,
  • fatigue intense,
  • troubles du sommeil,
  • douleurs inexpliquées,
  • crises d’angoisse,
  • difficultés dans l’intimité,
  • déconnexion émotionnelle,
  • honte persistante,
  • sensation d’insécurité permanente,
  • troubles alimentaires,
  • difficultés à poser ses limites,
  • dissociation,
  • perte de confiance en soi.

Certaines personnes disent :

“Je sens que quelque chose s’est passé, mais je ne sais pas quoi.”

Et cette sensation mérite d’être accueillie avec douceur et sérieux.

Quand le traumatisme impacte aussi la santé physique

Un traumatisme vécu sur une longue période peut également avoir des conséquences sur la santé physique.

Lorsque le corps reste pendant des années dans un état d’alerte ou de survie, cela peut finir par épuiser le système nerveux et fragiliser l’organisme.

Certaines personnes développent alors :

  • des douleurs chroniques,
  • des migraines,
  • des troubles digestifs,
  • des maladies inflammatoires,
  • des problèmes de peau,
  • des troubles hormonaux,
  • des troubles du sommeil importants,
  • de l’hypertension,
  • un épuisement profond,
  • ou encore des maladies liées au stress chronique.

Le corps et le psychisme sont profondément liés.

Cela ne veut pas dire que “tout est dans la tête”, mais plutôt que le corps porte parfois les conséquences de ce qu’il a traversé en silence pendant des années.

Le traumatisme ne vit pas seulement dans la tête

Aujourd’hui, les recherches en psychotraumatologie montrent que les traumatismes impactent profondément le corps et le système nerveux.

Le corps peut rester bloqué dans des mécanismes de survie :

  • tension permanente,
  • figement,
  • fuite,
  • peur constante,
  • difficulté à se détendre,
  • sensation de danger même lorsqu’il n’y a plus de menace réelle.

C’est pour cela qu’un accompagnement thérapeutique sensible au trauma est essentiel.

Le travail ne consiste pas forcément à “retrouver des souvenirs à tout prix”, mais à :

  • restaurer un sentiment de sécurité,
  • reconnecter la personne à son corps,
  • accueillir les émotions,
  • remettre du sens,
  • et retrouver progressivement du pouvoir sur sa vie.

Peut-on guérir même sans souvenirs précis ?

Oui.

La guérison ne dépend pas uniquement de la mémoire des faits.

Une personne peut avancer, comprendre ses mécanismes, apaiser son système nerveux et retrouver une sécurité intérieure même sans souvenirs clairs.

L’essentiel est d’écouter ce que le corps exprime, sans se forcer et sans ajouter de violence supplémentaire à ce qui a déjà été vécu.

Le chemin de reconstruction passe souvent par :

  • la sécurité relationnelle,
  • la reconnaissance de la souffrance,
  • l’écoute du corps,
  • la régulation émotionnelle,
  • et un accompagnement respectueux du rythme de chacun.

Un message important

Si vous vous reconnaissez dans cet article, sachez que vos ressentis sont légitimes.

Le corps garde parfois une mémoire silencieuse de ce qui n’a pas pu être exprimé.

Et vous n’avez pas besoin de “prouver” votre souffrance pour qu’elle mérite d’être entendue.

La reconstruction est possible.
Pas à pas.
À votre rythme.

Si vous avez besoin de comprendre comment cela fonctionne je vous invite à découvrir le travail de la docteur Murielle Salmona par qui j’ai eu la chance de me faire former .

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